• Quel est votre poste – votre entreprise ?

Je suis chef d'atelier (management de 160 personnes) chez Michelin.


• Pouvez-vous résumer votre parcours en quelques mots ?

Parcours scolaire : Terminale S puis 2 ans de classes prépa à Toulouse puis 3 ans à Centrale Paris.

Quels sont les différents métiers que vous avez exercés depuis vos débuts ?

Parcours professionnel : 2 stages à Centrale Paris dans le cadre industriel chez Danone puis embauchée chez Michelin en 2006 en tant que Responsable d'un groupe technique (management de 12 personnes s'occupant de la qualité sur un atelier de production). J'ai pris mon poste actuel de chef d'atelier depuis le début de l'année 2010.


Et avez-vous ressenti le fait d’être une femme comme un frein ?

Pas du tout, au contraire. Le milieu dans lequel j'évolue est un milieu très masculin, notamment l'usine dans laquelle je suis (4 femmes sur 160 dans mon atelier, y compris moi !). Quand je suis arrivée, c'était le tout début de la féminisation et mon équipe n'avait jamais eu de "femme-chef". J'ai ressenti ma féminité comme un atout : mes réactions n'étaient pas celles auxquelles ils étaient habitués avec des hommes et cela permettait de dénouer des situations qui auraient pu paraître difficiles. Un sourire est bien plus désarmant qu'un grand coup de gueule viril... Même au niveau de l'ambiance générale d'un groupe, l'introduction d'une femme a une influence notable : le climat plus convivial, les langues se délient, les propos sont plus facilement tournés vers l'humour. Sans parler du nombre de personnes qui réalisent plus vite une tâche demandée par une femme que par un homme (ce qui avait le don d'énerver mes collègues mais qui m'arrangeait bien).


• Quelle est la première chose que vous faites le matin ?

Niveau personnel : une fois que je me suis levée et préparée, je vais réveiller ma petite fille de 7 mois.

Niveau professionnel : Je salue toute mon équipe directe en arrivant.


• Qu’est ce qui vous fait courir ?

Niveau personnel : j'ai eu beaucoup de gros changements dans ma vie ces deux dernières années : mariage donc 1 an d'organisation, voyage de noces, grossesse et naissance de ma fille et enfin achat de notre maison il y a 6 mois. Je n'ai pas eu le temps de m'ennuyer !

Niveau profesionnel : Les relations humaines. Tout ce qui concerne les relations entre les personnes, que ce soit les entretiens formels, informels, la conduite du changement, la formation, le coaching, etc...  


• Est-ce que vous êtes bonne sur tous les fronts ?

On ne peut jamais dire qu’on est bonne sur tous les fronts, on a toujours des progrès à faire ! La vraie question, c’est celle du compromis : où est-ce que je place le curseur entre telle et telle activité pour trouver un équilibre qui me convient ? La principale préoccupation c’est évident la proportion vie professionnelle / vie privée. Quel est le bon équilibre ? Il n’y a pas de réponse absolue, c’est à chacune de trouver ce qui lui convient le mieux, la situation dans laquelle elle se sentira bien et épanouie. Pour parler concrètement, aujourd’hui je m’impose les horaires suivants au travail : 8h – 18h30. Pourquoi je dis « imposé » : tout simplement parce que ce sont les horaires de la nounou pour ma fille ! C’est un bon moyen de borner son travail dans le temps.


• Arrivez-vous à concilier vie professionnelle et vie privée ? Quels sont vos « trucs » pour être organisée ?

J’enchaîne avec la réponse précédente. Je pense qu’un « truc » essentiel c’est de savoir se placer des limites personnelles auxquelles on ne déroge que très rarement. Même avant d’être maman, je m’interdisais de quitter le travail plus tard que 19h. Si on n’est pas rigoureux avec soi-même sur ce sujet, on trouve toujours de quoi faire au travail et le temps au travail s’étire sans même qu’on s’en rende compte. Un autre bon moyen dans ce sens : avoir une (des) activité(s) l’extérieur à heure fixe le soir. Cela permet à la fois de garder des loisirs extraprofessionnels et d’avoir une butée horaire pour ce soir-là. C’est un très bon moyen de se changer les idées tout en se maintenant en forme !


• Qu’est-ce que Centrale Paris vous apporte de concret dans votre métier ?

Centrale Paris permet d’acquérir des compétences telles que l’esprit de synthèse, la capacité d’analyser des problèmes très rapidement et la prise de décisions. Centrale Paris c’est aussi une réputation liée à la renommée de l’école et surtout un réseau présent à travers la France et le monde entier. On ne se rend pas bien compte de l’importance de cet aspect quand on est encore étudiant.


• Être Centralienne, en quoi est-ce un plus dans le monde de l’entreprise ? Et du côté personnel ?

Côté personnel : si je n’étais pas allée à Centrale, je n’aurais jamais rencontré mon mari ! Cette anecdote mise à part, j’ai pu garder des contacts très étroits avec des centraliens de ma promotion et de celle du dessus. Les liens qui se sont créés pendant ces 3 années sont très forts et reposent sur des souvenirs communs de vie estudiantine qui resteront à jamais gravés dans ma mémoire.


• Les trois qualités majeures de la Centralienne ?

Ouverture d’esprit

Force de caractère

Efficacité opérationnelle


• Votre meilleur souvenir à Centrale Paris ? Votre pire souvenir à Centrale Paris ?

La question est délicate, il y a tellement de bons souvenirs !

Meilleur souvenir : je dirais l’ambiance qui régnait à l’étage où j’habitais. Pour chercher quel est mon meilleur souvenir, je repasse en mémoire beaucoup de très bons moments dont je me souviens et je me rends qu’ils sont tous dans le même contexte : à l’étage, avec mes copains d’étage, dans la cuisine d’étage, dans les soirées d’étage, etc… C’était comme une grande famille qui s’était créée : chacun avait sa personnalité, on s’aimait tous pour ce qu’on était, justement parce qu’on était différent et complémentaire.

Pour le pire souvenir, c’est délicat aussi mais parce que je n’en ai pas spontanément qui me viennent à l’esprit.

Pire souvenir : Je me suis brûlé l’avant bras en dernière année avec de la colle liquide, c’était douloureux et j’en garde encore la cicatrice.


• Être Centralienne, ça change quoi dans les rapports aux autres ?!

Ca dépend avec qui !

Avec d’autres Centraliens : ça crée tout de suite un climat de confiance, de connivence, c’est l’expression du fameux réseau dont je parlais tout à l’heure.

Globalement, les personnes ont en tête la réputation de l’école et ont tendance à réagir en ce sens lorsqu’elles apprennent que je suis Centralienne.

« Ah oui tu es Centralienne de Paris, d’accord » avec la moue approbative qui va avec… J’avoue qu’habituellement, j’évite de dire de quelle école je viens si on ne me pose pas explicitement la question. Tout simplement parce que je préfère que les gens me jugent pour ce que je suis plutôt que pour là d’où je viens. Même s’il est vrai que l’a priori sur Centrale Paris est toujours très positif !


• Êtes-vous mariée à un ingénieur ? (vous parlez de quoi le soir ?)

Eh oui, un Centralien de ma promotion. On parle de tout le soir, pas seulement de travail, pas d’équations mathématiques ni de principes physiques ! Non je crois qu’on discute à la manière de n’importe quel couple, ingénieur ou non.

Une petite anecdote amusante sur ce sujet. Mon frère aîné (qui était lui aussi ingénieur) m’avait dit avant que je rentre en prépa :

« Tu sais Lucie, si tu choisis une prépa scientifique et une école d’ingénieur à la suite tu seras dans une proportion filles / garçons qui ne représente pas la vraie vie. Ce sera un ratio en ta faveur que tu ne trouveras dans aucune autre filière. Rien de tel pour trouver chaussure à ton pied ! Je serais bien étonné que tu ne déniches pas ton mari pendant ces 5 années… »

Force est de constater qu’il avait raison…


• Comment vous voyez-vous dans 10 ans ?

Avec d’autres enfants je l’espère ! Probablement vivant toujours en province ou peut-être à l’étranger. Et peut-être malheureusement avec quelques cheveux blancs qui commenceront à pousser…